La crise écologique et notre difficulté à être ont-elles la même racine ? Ce texte explore cette hypothèse, depuis la physique contemporaine jusqu'aux grandes traditions, depuis l'anthropologie jusqu'aux sols vivants. Une invitation à regarder différemment ce que nous sommes, et comment nous nous relions à la Terre.
David Mérino-Rigaill — Co-fondateur de Permaterra.
I. Ce qui résiste
Dans l'agitation du monde moderne, il y a une question que beaucoup d'entre nous traversons, souvent en silence. Pourquoi, malgré les efforts, malgré la conscience claire de ce qui ne va pas dans le monde et en soi, malgré la bonne volonté, quelque chose résiste ? Pourquoi la souffrance persiste là où l'on attendait la résolution ?
Comme beaucoup, j'ai longtemps cherché les causes de ma propre difficulté à être dans les accidents de mon histoire personnelle et professionnelle, avant de découvrir qu'elles existaient dans quelque chose de plus vaste que moi.
Cette perspective a changé quelque chose. Non pas en résolvant le problème, mais en déplaçant le regard vers une profondeur où il devient à la fois plus simple et plus radical.
Cette expérience, je la retrouve partout. Chez ceux qui cherchent sincèrement à agir autrement, dans leur rapport à la terre, à leur travail, à leur façon de vivre, et qui sentent pourtant que quelque chose résiste encore. Une conscience, parfois douloureuse, de ce que leurs choix contribuent à défaire dans le vivant. Et une volonté sincère de faire autrement. Mais cette bonne volonté se heurte à quelque chose de subtil : une tendance persistante à vouloir maîtriser, optimiser, décider à la place de la vie. Comme si la logique de séparation et de contrôle que l'on cherche à dépasser continuait d'opérer depuis l'intérieur, à notre insu.
Mais je la retrouve aussi chez ceux qui ne cherchent pas encore, ou qui ont cessé de chercher. Qui s'anesthésient, s'agitent, consomment, non par choix profond, mais parce qu'ils s'adaptent, comme ils peuvent, à un monde qui récompense la vitesse et l'oubli de soi.
Ce texte part de cette résistance. Individuelle et collective, intérieure et écologique, chez ceux qui cherchent à agir et chez ceux qui subissent. Non pour la condamner, mais pour en chercher la racine commune.
Et si la crise écologique et ce malaise intérieur n'étaient pas deux problèmes distincts ? Et s'ils partageaient une même origine, un même mécanisme fondamental de perception, si profondément installé dans notre façon d'habiter le monde que nous le prenons pour la réalité elle-même ?
Ce mécanisme a un nom. Les grandes traditions spirituelles de l'humanité le connaissent depuis des millénaires. La physique moderne commence à le confirmer par ses propres voies. L'anthropologie nous montre qu'il est historiquement daté, culturellement construit, donc ni inévitable, ni définitif.
Il s'appelle l'illusion de la séparation.
II. La séparation, une erreur de perception
Des chercheurs appartenant à des disciplines très différentes — physique contemporaine, biologie des systèmes, écologie — convergent vers un même constat, formulé avec clarté par le philosophe et pédagogue Robert Linssen : les crises actuelles, écologiques, sociales, sanitaires, résultent d'une erreur de perception. Non d'un manque de moyens, non d'un déficit technologique. Une erreur de perception.
Cette erreur est précisément identifiée : l'incapacité à saisir l'unité fondamentale de l'univers et l'interdépendance mutuelle de toutes ses parties, êtres et choses confondus.
« La vision holistique ou systémique de l'univers n'est pas une hypothèse métaphysique. Elle exprime la réalité d'un fait essentiel dont l'ignorance est à l'origine de tous les conflits individuels et collectifs. »
— Robert Linssen [1]
Ce que la physique contemporaine confirme à sa façon : ce que nous percevons comme des entités séparées — un organisme, une espèce, un individu, un écosystème — ne sont que des inflexions temporaires d'un seul et même vivant. Des formes que la vie organise, défait, réorganise. La séparation est une lecture que nous projetons sur le réel. Elle n'est pas dans le réel.
Meute de loups, Parc National de Yellowstone. © NPS / Jim Peaco
Sur un plan pratique, les loups de Yellowstone en offrent peut-être l'illustration la plus saisissante. Réintroduits en 1995 après soixante-dix ans d'absence, ils ont non seulement régulé les populations d'élans — qui, sans prédateur, surpâturaient librement les vallées et les berges des rivières, empêchant toute régénération de la végétation — mais transformé l'écosystème tout entier. Avec le retour des loups, les élans ont modifié leur nombre mais surtout leur comportement : ils ont évité les zones exposées. Les vallées délaissées se sont reboisées. Les castors sont revenus, ont construit leurs barrages, ralenti les cours d'eau. Les berges stabilisées par les racines ont réduit l'érosion. Et finalement, les rivières ont changé physiquement de forme.
Des loups ont changé la géographie d'un territoire. Non par action directe sur les rivières, mais parce que tout est lié à tout, à des échelles et des temporalités que notre perception fragmentée ne saisit pas spontanément.
Traiter un symptôme, en le prenant pour une cause, sans voir le réseau dont il fait partie, c'est précisément cette erreur de perception. Elle opère dans nos systèmes agricoles. Elle opère aussi, nous le verrons, dans notre façon d'habiter notre propre expérience.
III. Moi et le monde, une frontière apprise
Avant d'être une crise sociale et écologique, la séparation est une expérience intime. Elle commence par l'émergence d'un « moi », avec ses pensées, ses désirs, ses peurs, son histoire. Et dans le même mouvement, presque simultanément, apparaît donc un « monde » perçu comme extérieur, distinct, parfois menaçant. L'un appelle l'autre. Le moi ne découvre pas un monde qui existait déjà en face de lui ; il le fabrique en se posant lui-même comme séparé. Pas de moi sans monde. Pas de monde sans moi.
Cette expérience est si répandue, familière et constante, qu'elle semble aller de soi. Comme si elle était la réalité elle-même.
Mais est-elle une réalité… ou une construction ?
Le neurologue Benjamin Libet a montré que l'activité électrique cérébrale, origine d'une action, précède la conscience même que nous avons de cette action. Ce que nous appelons « ma décision » arrive quelques millièmes de secondes après le processus qui la génère. Déroutant. Mais Libet lui-même précise : si nous n'initions pas librement nos impulsions, nous conservons toutefois la capacité de les inhiber, un droit de veto. Non pas un libre arbitre de création, mais un libre arbitre de discernement. Cette nuance est décisive : elle situe la responsabilité non pas dans l'illusion d'un moi souverain et séparé, mais dans la qualité d'attention que nous pouvons porter à ce qui traverse notre expérience. [2]
Ce personnage auquel nous nous identifions, construit par la famille, la culture, l'éducation, le langage, est réel comme expérience. Mais il n'est pas ce que nous sommes en profondeur. Il est une forme provisoire, non un centre permanent ni une entité isolée.
« Nous devons comprendre, non en théorie mais comme un fait réel, que nous sommes le monde et que le monde est nous-mêmes. La culture dans laquelle nous vivons nous a conditionnés. Chacun de nous est cette culture. Nous ne sommes pas séparés. »
— J. Krishnamurti [3]
La souffrance individuelle, cette difficulté à être, cette anxiété de fond qui défend sans cesse cette construction, ce sentiment que quelque chose manque, n'est alors plus uniquement un échec personnel. Elle est aussi le symptôme logique d'une conscience qui se vit comme séparée d'elle-même. Une contraction héritée. Mais dont nous pouvons, sciemment, commencer à reconnaître comme telle.
IV. Nature et Culture — une exception historique
Ce que nous venons de reconnaître à l'échelle individuelle — un « moi » séparé d'un « monde » — opère exactement de la même façon à l'échelle civilisationnelle. D'un côté la Culture : l'humain, le sujet, la technique, le langage, la société. De l'autre la Nature : les animaux, les plantes, les sols, les écosystèmes : un dehors, une chose, un objet, une ressource.
Pour nous, héritiers du monde moderne, cette coupure nous semble évidente. Elle ne l'est pas.
L'anthropologue Philippe Descola, dans son œuvre de référence Par-delà nature et culture [4], a cartographié les grandes cosmologies humaines à travers le monde et l'histoire. Son constat est décisif : la séparation radicale Nature/Culture n'est pas une réalité universelle. C'est l'une des quatre grandes ontologies humaines qu'il nomme le naturalisme, propre à l'Occident moderne, et dont les racines philosophiques remontent à Descartes.
Les trois autres cosmologies — animisme, totémisme, analogisme — posent toutes, chacune à leur façon, une continuité fondamentale entre l'humain et le non-humain. Ce sont des façons d'habiter le monde où la forêt, la rivière, l'animal ne sont pas des objets mais des sujets : des interlocuteurs, des parents, des puissances avec lesquelles on entretient des relations.
Les Achuar d'Amazonie équatorienne, chez qui Descola a conduit ses recherches de terrain, en offrent une illustration saisissante. Pour eux, les plantes, les animaux, les rivières sont des personnes, dotées d'une intériorité, d'intentions, d'une vie sociale. Le chasseur achuar rêve de ses proies avant de partir chasser ; non par superstition, mais parce que la relation précède l'acte. On ne prélève pas dans un stock. On entre en relation avec un sujet. [5]
Maison Achuar — Amazonie
D'autres peuples portent la même vision sous des formes différentes : les Lakota des Grandes Plaines américaines avec leur formule Mitákuye Oyás'iŋ — « nous sommes tous reliés » — prononcée au début de toute cérémonie. Ou encore les peuples Maori de Nouvelle-Zélande, pour qui le fleuve Whanganui est un ancêtre — ce qui leur a valu, en 2017, la reconnaissance juridique du fleuve comme personne morale dotée de droits. Non comme métaphore. Comme réalité légale. [6]
Lakota / Sioux — Amérique du Nord
Le naturalisme occidental est donc une exception dans l'histoire humaine. Une exception récente, localisée, et dont nous mesurons aujourd'hui les conséquences : une nature réduite à une ressource à exploiter au service exclusif des besoins humains à court terme. Et face aux ravages de cette exploitation, la réponse moderne a été de créer des espaces protégés : réserves naturelles, parcs nationaux, zones sanctuarisées. Comme si la solution consistait à mettre la nature sous cloche — à la séparer encore davantage de l'humain, pour la protéger de lui. Le parc naturel n'est pas la guérison, il est le remède d'une maladie. Il soigne le symptôme. Il ne touche pas à la cosmologie qui l'a produit.
Ce que Descola nous offre n'est pas un retour nostalgique vers des cosmologies passées. C'est quelque chose de plus utile : la preuve que la séparation Nature/Culture est une construction historique. Elle a un début. Elle peut avoir une fin.
V. Les grandes traditions : une vérité, plusieurs langages
La physique contemporaine le confirme. L'anthropologie le documente. Mais il existe une troisième source, plus ancienne, plus directe, qui a nommé cette erreur de perception bien avant que la science moderne ne dispose des outils pour la mesurer.
Les grandes traditions spirituelles de l'humanité — qu'elles soient issues de l'Inde védantique, du bouddhisme, du taoïsme, du soufisme islamique ou de la mystique chrétienne — convergent vers un même diagnostic : la souffrance individuelle et le désordre collectif trouvent leur racine dans une même illusion. Celle d'une conscience qui se croit séparée d'elle-même.
Dans la tradition non-duelle venue de l'Inde, l'advaïta vedanta, cette illusion porte un nom précis : avidyā, l'ignorance primordiale. Non pas un manque de savoir, mais une erreur de perception fondamentale : prendre le relatif pour l'absolu, prendre la vague pour quelque chose de séparé de l'océan. Shankara, au VIIIe siècle, en fait le diagnostic central de la condition humaine et sa résolution, non par accumulation de connaissances, mais par reconnaissance directe de ce qui est déjà là.
Le taoïsme, avec sa notion de Tao, ce courant fondamental dont tout procède et auquel tout retourne, pose la même évidence : la séparation est une fiction utile à l'action ordinaire, non une réalité ultime. Lao-Tseu : « Le retour est le mouvement du Tao. »
Dans la tradition soufie, Ibn Arabî au XIIIe siècle formule la même reconnaissance avec la notion de wahdat al-wujûd : l'unité de l'être. Il n'existe qu'une seule réalité, dont toutes les formes sont des manifestations. Ce que nous prenons pour des êtres séparés sont les noms et les visages d'un seul et même Être.
Maître Eckhart, mystique chrétien du XIVe siècle, exprime la même intuition depuis une autre rive : « L'œil par lequel je vois Dieu est le même œil par lequel Dieu me voit. » Une unité non pas à atteindre mais à reconnaître.
Ce qui frappe, dans cette convergence, n'est pas l'accord sur les formes ; les traditions diffèrent profondément dans leurs pratiques, leurs langages, leurs cosmologies propres. Ce qui frappe est l'accord sur le diagnostic : l'illusion de la séparation est la racine.
René Guénon voyait dans cette convergence la marque d'une Tradition primordiale, un fond commun de connaissance métaphysique dont les grandes traditions seraient les expressions historiques différenciées. Qu'on adhère ou non à cette thèse, le fait de la convergence demeure. Et il est significatif. [10]
VI. Habiter une perspective différente
Il existe des instants que chacun connaît, même sans les avoir nommés. Le moment où l'on pose les yeux sur un paysage soudainement, et que pendant une fraction de seconde, avant que le mental ne commence à commenter, il y a juste… ça. Ou le moment dans un jardin, les mains dans la terre, où quelque chose se tait. Le chant d'un oiseau. Une présence sans contenu.
Généralement, ces instants ne durent pas. Le mental se les approprie et reprend très vite son activité ordinaire : nommer, commenter, analyser. Mais, si nous restons attentifs, ils indiquent quelque chose d'essentiel : il existe en nous une faculté de perception antérieure à l'interprétation. Un percept pur, avant le concept. Ce vécu naturellement présent, avant même de le penser, est là entre l'état de sommeil et le réveil, entre deux pensées, lorsque nous sommes subitement interrompus dans une action, ou encore dans certaines jouissances d'ordre esthétique.
Une pratique consiste à explorer cela, sur le vif, vraiment. Sans représentation de ce que nous pensons être, tous les attributs que la société et la famille nous ont surimposés, et auxquels nous croyons et nous nous identifions : mémoires, traits de personnalité, statut social. Et sans s'identifier aux objets de perception que sont les pensées, les sensations, les émotions.
Que reste-t-il, quand il n'y a plus de mémoire ?
Une attention nue. Libre de tension et d'intention. Dans cet espace, libéré des automatismes et des réactions conditionnées, l'action la plus appropriée à la situation réelle trouve sa voie.
C'est une vigilance. Une orientation du regard. Deux perspectives sont possibles à chaque instant : agir depuis le moi conditionné (ses peurs, ses habitudes, ses représentations préétablies) et alors nous réagissons. Ou agir depuis cette attention, passive dans le vouloir, active dans l'accueil, et alors nous agissons vraiment. La différence n'est pas morale. Elle est dans la qualité de ce qui émerge.
« L'écoute est notre vraie nature. L'écoute est désencombrée, libre de toute mémoire. C'est un non-état. L'écoute est un continuum. Tout objet perçu vous ramène à votre vraie patrie, à l'écoute. »
— Jean Klein [7]
Bronze jaïn, Musée Asiatica — Biarritz
VII. Du regard au geste
Transposée à notre rapport au vivant et à l'agriculture, cette orientation change tout.
Ce qui vient d'abord, dans une approche véritablement globale, est d'observer intensément, pas uniquement rationnellement. Observer comment se comportent les abeilles, les animaux, les cycles de l'eau. Observer les innombrables liens entre les organismes du sol, les arbres, le vent, le soleil. À différents niveaux de la manifestation, du plus subtil au plus visible.
Le monde moderne, dans lequel l'approche réductionniste a pris le dessus sur la sensibilité mais aussi sur la compréhension globale des écosystèmes, produit précisément l'inverse : des interventions rapides, des solutions partielles, un traitement des symptômes sans perception de la racine. L'absence de compréhension des mécanismes syntropiques, de la complexité des liens entre les mondes végétaux, animaux, mycorhiziens, bactériens, favorise un manque de sensibilité et des actions sans observation préalable.
Fort de cette observation approfondie, à différents niveaux de la manifestation, nous pouvons nous orienter vers d'autres choix, d'autres pratiques. Certains des douze principes de conception de la permaculture en sont la traduction directe :
- Observer puis interagir (1er principe)
- Intégrer plutôt que séparer (8e principe)
- Favoriser la biodiversité (10e principe)
- Réagir de manière créative aux changements (12e principe) [8]
Ces principes ne sont pas des techniques, ce sont des postures d'attention. Ils présupposent un praticien capable de se taire suffisamment longtemps pour entendre ce que le système vivant lui dit.
Les 3 Éthiques et 12 principes de conception de la permaculture
Didier Barral, vigneron en AOC Faugères, en offre une illustration concrète. En observant avec patience les relations entre les chauves-souris, les arbres et les ravageurs de ses vignes, il a compris que la présence d'arbres dans ses parcelles, notamment des tilleuls, était indispensable aux chauves-souris pour chasser. Sans arbres, pas de chauve-souris. Ces dernières se repèrent par écholocalisation : leurs ultrasons se réfléchissent sur les obstacles physiques que constituent les arbres, leur permettant de localiser et de capturer le ver de grappe. Non par application d'un protocole mais par observation prolongée d'un réseau de relations invisibles à un regard pressé. [9]
Ainsi, sur le vif, en conscience, devant une décision à prendre dans le cadre d'une pratique agricole ou dans l'exercice de conception d'un système, le contexte naturel combiné à nos besoins essentiels nous orientera vers des choix respectueux de chaque forme de vie et des agroécosystèmes régénératifs.
« Cultiver les liens », comme le dirait mon ami Hervé Coves, prendre soin de la terre, de l'humain, comme le proposent les éthiques de la permaculture, devient alors une qualité naturelle, non un effort supplémentaire imposé à une volonté épuisée, mais la réponse organique d'une conscience qui se reconnaît elle-même.
« Quand on fait émerger plus d'amour, c'est l'indicateur qu'on est sur la bonne voie. Cette agriculture qui va se soumettre à l'imprévu, à quelque chose qu'elle ne maîtrise pas. De cette rencontre peut naître l'amour, plus d'amour sur terre. Ce sera une agriculture de l'amour. »
— Hervé Coves, Manifeste pour une agriculture de l'amour, Éditions du Brame, 2021 [11]
VIII. L'ouvert…
Au bout de cette brève exploration : la crise écologique, la souffrance individuelle, la cosmologie de la séparation, les traditions, les paysages, les sols vivants… une question reste.
Elle ne se formule pas vraiment. Elle s'impose.
Non comme un problème à résoudre, mais comme un seuil. Un endroit où la pensée, si honnête soit-elle, s'arrête d'elle-même ; non par épuisement, mais parce qu'elle reconnaît sa propre limite.
Ce qui a été exploré ici — l'illusion de la séparation, ses racines et ses conséquences — peut être compris. Peut être admis intellectuellement. Peut même toucher quelque chose de juste.
Mais la reconnaissance dont parlent les traditions n'est pas une compréhension de plus. Elle est d'un autre ordre. Elle ne s'ajoute pas.
Alors une seule question demeure.
En « moi », qui est celui qui lit ces lignes ?